EXPLOSIFS

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Mis à jour le 12 décembre 2008

Les informations fournies par cette fiche sont indicatives, sans valeur légale et sans caractère obligatoire.

Définition de la nuisance ou situation dangereuse

Les explosifs détonants utilisés dans le BTP sont des explosifs puissants dont la vitesse de décomposition est supérieure à 2000 m/s. La décomposition brutale de l’explosif, au cours d’une réaction en chaîne amorcée par un apport d’énergie, provoque en un temps extrêmement court un dégagement gazeux massif , à l’origine d’une onde de choc ébranlant le milieu environnant. Les principaux explosifs, à l’exception du nitrate d’ammonium, sont des hydrocarbures ou des esters nitrés (groupement NO2). Ils se caractérisent par leur brisance : aptitude à fragmenter les matériaux de voisinage, et leur sensibilité : aptitude à détoner sous l’effet des chocs et des frottements.
On distingue :
• Les nitrates-fiouls (petits granulés livrés en vrac par sac de 25 kg) : composés de 94 % de nitrate d’ammonium et de 6 % de fuel domestique.
• Les émulsions 🙁 pompables, versables ou encartouchées) composées de 80 à 90 % de nitrate d’ammonium, de 4 à 10 % d’huile minérale et de 2 à 10 % d’eau.
• D’utilisation plus rare actuellement :
– les dynamites (gommes ou cartouche) : mélange de 10 à 90 % de nitroglycérine (NG) et de nitroglycol (antigel) absorbé sur un support tel que le coton poudre.
– Les explosifs nitratés (cartouches) : à base de nitrate d’ammonium (80 % en masse) et d’un explosif pur, trinitrotoluène ou pentrite ( tétranitrate de pentaérythrol).
– Les gels ( cartouches), les bouillies (chargement en vrac par pompage).

Lors de la mise en œuvre des explosifs, le boutefeu doit respecter les différentes phases de la procédure de tir. Les situations dangereuses apparaissent à trois niveaux :
• Avant le tir, le risque chimique est d’autant plus important que la concentration en dérivés nitrés est plus élevée. Par temps chaud, les vapeurs de NG et surtout de nitroglycol plus volatil augmentent ; de plus la NG, liquide huileux, suinte donnant des cartouches grasses lors de leur manipulation. Le déclenchement inopiné du tir peut être à l’origine d’accident traumatique, voire mortel, en particulier lors de tir électrique par temps d’orage.
• Pendant le tir, l’explosion engendre un niveau sonore élevé. Le bouchon de tir est à l’origine de dégagement de monoxyde de carbone et de vapeurs nitreuses, plus importantes pour les dérivés nitratés, d’autant plus dangereux qu’il s’agit d’un milieu mal ventilé comme en galerie (percements de tunnels).
• Après le tir, les risques sont d’autant plus grands que la proportion de cartouches imbrûlées à récupérer est importante.

Danger

• Nitrates aliphatiques :
– Pharmacocinétique :
La pénétration dans l’organisme est respiratoire par inhalation de vapeurs et percutanée. Pour la NG, l’absorption par la peau peut se faire par simple contact avec l’air ambiant chargé en vapeurs ou poussières. Une fois dans le sang, la demi-vie plasmatique de la NG n’est que de quelques minutes, il y a transformation en sous-produits actifs sur le système vasculaire (vasodilatation). Les métabolites sont éliminés dans les urines.
– Pathologie :
* Des accidents aigus : intoxications oxycarbonées et accidents respiratoires liés aux vapeurs nitreuses, surtout en milieu confiné.
* L’exposition chronique : deux tableaux cliniques cardiovasculaires, plus souvent rapportés chez les salariés des dynamiteries que chez les utilisateurs du BTP :
– Le syndrome de surcharge, céphalées pulsatiles survenant sur le lieu du travail, aggravées par l’éthylisme, associées à une tachycardie, une hypotension orthostatique, des nausées, une rougeur du visage, un syndrome de Raynaud, qui disparaissent après deux jours d’exposition par un phénomène d’accoutumance.
– Le syndrome de sevrage survenant 48 h après l’arrêt de l’exposition et provoquant des manifestations coronariennes aiguës graves : précordialgies cédant dès la reprise du travail, des morts subites le lundi matin par infarctus du myocarde.
• Dérivés nitrés des composés aromatiques : 2,4,6 trinitrotoluène (TNT) :
– Pharmacocinétique :
Voies de pénétration cutanée (augmentant par temps chaud) et pulmonaire.
Méthémoglobinémie par oxydation du fer ferreux Fe++ en fer ferrique Fe+++ rendant l’hémoglobine incapable de transporter l’oxygène vers les tissus, avec un seuil limite de 2,5 % de l’hémoglobine totale.
Elimination urinaire de certains métabolites :
4-amino-2,6-dinitrotoluène (4-ADNT)
6-amino-2,4-dinitrotoluène (6-ADNT)
– Pathologie :
* Aiguë avec cyanose décelable à 15 % de méthémoglobinémie, plus intense (40 %), céphalées, vertiges, tachycardies (40-60 %), somnolence et coma (+ 60 %).
* Subaiguë ou chronique, methémoglobinémie, hépatite, anémie aplasique, névrite périphérique, dermite, cataracte.

Tâches et postes

Activités et situations de travail

Postes des travail

Dans les travaux publics :
– Terrassements rocheux de voies de communication à ciel ouvert ou en souterrain (routes, voies fluviales, voies ferrées)
– Creusements de fondations d’ouvrage d’art (barrages, ponts et centrales)
– Aménagements portuaires
– Démolition urbaine et de friches industrielles
– Certains emplois spéciaux (déclenchement artificiel des avalanches)

Boutefeu

Hors BTP :
Dans les carrières, l’agriculture (abattage d’arbres, dessouchage),
la métallurgie (formage, placage ou découpage de pièces métalliques), la prospection sismique

Fiches FAST liées

  • Préposé Tir Explosif
  • Scaphandrier Plongeur

Niveau d'exposition

Intensité

Exposition

Permanente

Fréquente

Intermittente

Occasionnelle

%

> 70

> 30

> 5

< 5

Jour

> 6 heures

> 2 heures

> 30 mn

< 30 mn

Semaine

> 3 jours

> 1 jour

> 2 heures

< 2 heures

Mois

> 15 jours

> 6 jours

> 1 jour

< 1 jour

Année

> 5 mois

> 2 mois

> 15 jours

< 15 jours

Conditions d'exposition

Matériaux

Le risque augmente avec la concentration en dérivés nitrés.

Cofacteurs environnementaux

Forte chaleur, milieu confiné.

Facteurs individuels

Tabagisme, alcoolisme, pathologie coronarienne préexistante.

Barème de décision

Critères complets

Les coefficients de pondération s'additionnent : proposition d'action médicale renforcée pour un total supérieur ou égal à 5.

Conditions d’exposition

Permanente

Fréquente

Intermittente

Occasionnelle

Matériaux – Matériels

Concentration importante de dérivés nitrés

3

2

1

1

Cofacteurs individuels

Coronarien

3

3

3

3

Tabagisme

1

1

1

1

Alcool

1

1

1

1

Cofacteurs environnementaux

Forte chaleur

2

2

1

1

Confinement

2

2

1

1

Critères simples

Confinement, exposition fréquente.

Contenu des actions

Suivi règlementaire

Suivi individuel de l’état de santé des travailleurs

• Arrêté du 11-7-77 : travaux exposant à un niveau de bruit supérieur à 85 décibels, travaux exposant aux dérivés halogénés, nitrés et aminés des hydrocarbures et de leurs dérivés.
• Décret n° 2003-1254 du 23 décembre 2003 relatif à la prévention du risque chimique et modifiant le code du travail.

Surveillance post professionnelle

Non concernée.

Modalités du suivi individuel de l'état de santé

• Clinique :
– Embauche : rechercher les facteurs de risque cardio-vasculaire et les affections cardio-vasculaires, alcoolisme, les affections cutanées, psychiatriques et les antécédents migraineux.
– Surveillance systématique : rechercher la présence de céphalées, de facteurs de risque et de signes cardio-vasculaires.
• Biométrologie :
Il existe des tests non spécifiques facilement réalisables :
– Dosage de la méthémoglobine en fin de poste (taux inférieur ou égal à 1,5 %).
– Dosage du CO sanguin et de la carboxyhémoglobinémie en atmosphère confinée.
Il existe aussi des tests d’action toxique spécifiques mais non réalisables en pratique courante :
– Dosages plasmatique de la NG et du nitroglycol (NG inférieur ou égal à 4mg/l et nitroglycol inférieur ou égal à 2mg/l chez les salariés exposés) : très complexes (recueil et conservation du sang), irréalisables sur chantiers.
– Dosage urinaire en fin de poste du 4-ADNT, mais sans valeur de référence, pour suspecter une pénétration percutanée importante.
• Electrocardiogramme :
– A l’embauche : référence initiale et dépistage d’un éventuel problème cardiaque.
– Lorsque le risque cardio-vasculaire absolu, (somme des facteurs de risque déterminés par un logiciel), dépasse 20 % à 10 ans.
– En cas de symptomatologie évocatrice : comparaison de l’ECG en fin de semaine ou en fin de poste avec l’ECG réalisé 48 heures après arrêt de l’exposition.

Prévention

Prévention collective

Afin de protéger des effets de l’explosion toute personne présente sur le chantier et d’éviter des dégâts matériels, les procédures de tir à mettre en place concernent le maître d’ouvrage, le chef d’entreprise et les salariés ; en particulier : notes de prescriptions, plans de tir, prélèvements d’atmosphère.

Prévention individuelle

• Formation spécifique à l’utilisation des explosifs : Certificat de Préposé au Tir (C.P.T.)avec une visite médicale préalable puis tous les cinq ans, défini par l’arrêté du 26-05-97 modifié par l’arrêté du 31-01-00 : formation d’au moins 35 heures complétée par une formation d’au moins 8 heures pour chaque option présentée (travaux souterrains, travaux subaquatiques, tir en montagne pour le déclenchement d’avalanches, tir en masse chaude, explosifs déflagrands, mèche lente, chargement en vrac avec du matériel utilisant de l’énergie, amorçage par dispositifs électroniques). • E.P.I. : gants en polyéthylène doublés de petits gants en coton changés toutes les heures, protection anti-bruit, masques respiratoires filtrants combinés (poussière, anti-gaz), classe 2 en milieu empoussiéré, (3 pour la silice).

Réparation

• TRG : n° 13.
• TRG : n° 72.
• TRG : n° 42.

Secours

Formation et recyclage des Sauveteurs Secouristes du Travail.

Remarques

A côté des risques chimiques et sonores, le risque traumatique par accident du travail est majeur.
• D 4153-26 : la manipulation des explosifs est interdite aux moins de 18 ans.
• Décret 2002-1553 du 24-12-02 relatif aux dispositions concernant la prévention des explosions applicables aux lieux de travail.
• Arrêté du 8-7-03 relatif à la protection des travailleurs susceptibles d’être exposés à une atmosphère explosive.

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